A Athènes, au Ve siècle avant notre ère, la tragédie grecque était d’abord une performance rituelle et institutionnelle. Les citoyens allaient au théâtre pour voter. Voter sur quoi? Les citoyens n’allaient pas au spectacle pour voir une tragédie, mais pour en voir neuf, accompagnée de trois drames satyriques. Le vote récompensait les meilleures tragédies. Les critères de votation n’étaient pas esthétiques ou artistiques mais plutôt identitaires. Les Athéniens votaient sur la version de leur histoire et de leur imaginaire qu’ils voulaient favoriser. Cela vaut aussi pour la comédie. Il faut alors s’interroger sur le besoin de ce consensus. Au théâtre, Athènes voulait s’affirmer rituellement et par le vote comme une cité une et entière. La question de l’unité et de l’entièreté est essentielle dans le théâtre grec, mais elle s’affirme, paradoxalement, à travers la division : ce que Nicole Loraux appelle le lien de la division. Sur la scène tragique, les frères sont souvent des ennemis. Il faut attendre qu’ils se soient mis à mort réciproquement pour découvrir coulant de leurs blessures mortelles l’unité d’un même sang. L’homme entier: c’est Etéocle qui a tué Polynice qui le tuait. Ces deux-là ne font qu’un que dans la mort. C’est le début de cette histoire poursuivie par Michael Groneberg.

David Bouvier, UniL