La science-fiction a-t-elle sa place au théâtre ? « Technique narrative» avant tout, selon Marc Atallah (Atallah, 2015), ce genre peine, malgré quelques exceptions notoires (tel Karel Čapek, auteur de R.U.R. en 1920), à trouver le chemin d’une reconnaissance sur les planches. Certains auteurs dramatiques anglo-saxons parlent ainsi plus volontiers de speculative fiction, ou, en France, de théâtre d’« anticipation ». C’est pourtant bien à Brecht que l’un des pionniers des études théoriques sur la S-F, Darko Suvin, emprunte le concept qui guide ses analyses du genre, celui de « distanciation » (Suvin, 1968)… Dès lors, la question se transforme et nous conduit plutôt à nous demander : que fait la science-fiction au théâtre, autrement dit, qu’apporte, en termes cognitifs, poétiques, pragmatiques, l’affiliation d’un texte dramatique aux mondes des robots, des explorations interplanétaires et du post apocalyptique ?

Mon intervention se propose ainsi d’étudier, au carrefour de la littérature et de la philosophie, les rapports que tisse ce registre poétique avec le médium du théâtre. Cette enquête tentera d’esquisser un espace d’entente, de tracer un horizon d’approche théorique où dialogueraient arts de la scène et art de la conjecture science-fictionnelle. Au moyen, notamment, de la notion d’utopie, mon parcours souhaite mettre en lumière les possibilités expressives et interrogatives auxquelles ouvrirait l’approfondissement des rapports entre ces deux modes de création. Au fil d’exemples contemporains, nous nous proposerons enfin d’examiner quelques unes des formes par lesquelles la science-fiction atteste sa capacité, dans le théâtre comme dans le roman, à éclairer notre présent.

Colin Pahlisch, doctorant UniL

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